A quel moment l’Eglise chrétienne de Rome est-elle devenue Eglise catholique ?

En 312, l’Empire romain était dirigé par quatre augustes dont Licinius sur l’Orient et Constantin Ier sur une grande partie de l’Occident (la Gaule et la Bretagne). Après avoir vaincu Licinius à la bataille d’Andrinople le 3 juillet 324, l’empereur romain Constantin Ier réunifia l’Empire et se rendit en Orient ; il constata alors un très grand nombre des dissensions au sein du christianisme.

En 325, afin de rétablir la paix religieuse et de construire l’unité de l’Église, et sans doute aussi de parvenir à ses fins politiquement, il décida de réunir un concile, qui se tint à Nicée (aujourd’hui İznik, en Turquie), du 20 mai au 25 juillet 325. Pendant que le canon 4 du concile attribuait une autorité particulière à l’évêque du chef-lieu de chaque province politique (l’évêque métropolitain), le canon 6 reconnait une juridiction supérieure des sièges de Rome, Alexandrie et Antioche.

Le concile avait pour objectif de résoudre la crise arienne, dont la controverse théologique avait des incidences politiques par ses conflits entre les évêchés. Celui-ci rassembla des représentants de presque toutes les tendances du christianisme, peu après la fin des persécutions lancées par Dioclétien. Le concile de Nicée est considéré comme le premier concile œcuménique par les Églises chrétiennes. Il forme, avec le premier concile de Constantinople de 381, les deux seuls conciles considérés comme œcuméniques par l’ensemble des Églises chrétiennes.

En 330, l’Empire romain résistant mal, de par ses vastes dimensions, à la pression des Barbares, l’empereur Constantin décida de déplacer la capitale de l’Empire romain de Rome à Byzance. Le 11 mai 330, la nouvelle capitale, conçue comme une « Nouvelle Rome », est inaugurée. Constantin Ier la bâtit sur le modèle de Rome avec sept collines, quatorze régions urbaines, un Capitole, un forum, un Sénat, un champ de courses, des magasins, des aqueducs, des citernes, l’eau courante et le tout-à-l’égout. Très vite, la ville devint presque exclusivement chrétienne et ne comporta que des édifices religieux chrétiens. Cette « Nouvelle Rome » sera ensuite rebaptisée Constantinople.

En 381, lors du premier concile de Constantinople, la ville obtint « la primauté » ou « les prérogatives » d’honneur après Rome. Cette promotion d’une nouvelle Église fut mal acceptée par l’Église de Rome, comme par l’Église d’Alexandrie.

En 451, au concile de Chalcédoine, l’évêque de Jérusalem obtint la juridiction supérieure sur les trois provinces romaines de Palestine qu’on lui avait refusée au concile d’Éphèse (431). Le même concile, dans son canon 28, confirma la « primauté d’honneur après l’évêque de Rome » du patriarche de Constantinople, et lui conféra le droit de nommer les évêques métropolitains, ce qui mit sous son autorité plus de la moitié de l’Empire romain d’Orient.L’évêque de Rome, Léon Ier, rejeta ce canon comme transgression du canon 6 du concile de Nicée et violation des droits d’Alexandrie et d’Antioche. Contre les prétentions de Constantinople, Léon Ier refusa de reconnaître la pentarchie (organisation de l’Église chrétienne autour des cinq Églises patriarcales : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem), en déniant toute espèce de primauté au siège de Constantinople, qui n’aurait pas été fondé par un apôtre, et en développant une ecclésiologie qui attribuait au siège de Rome, fondé par l’apôtre Pierre, la position centrale.

En 476, après la prise de Rome par les peuples germaniques et la disparition de l’Empire romain d’Occident, Constantinople resta la seule capitale du monde romain.

À partir du VIIe siècle, les guerres arabo-byzantines placent sous domination musulmane la grande majorité des chrétiens d’Égypte et de Syrie fidèles aux patriarcats d’Antioche, Jérusalem et Alexandrie, ce qui réduisit les Églises orthodoxes en Orient au seul patriarcat de Constantinople, dont les évêques s’appelèrent « patriarches œcuméniques ».

En 730, l’empereur Léon III promulgue ce qu’on appelle l’« édit iconoclaste » à faire signer comme marque d’adhésion. Le patriarche de Constantinople Germain Ier, qui refuse de signer, est déposé et exilé ; il est remplacé par Anastase de Constantinople, qui, lui, a accepté de se soumettre. L’édit iconoclaste et la déposition du patriarche Germain suscitent une riposte de la papauté : Grégoire III, intronisé en mars 731, réunit un synode de 193 évêques italiens qui condamne ces décisions. L’empereur iconoclaste transfère tous les territoires effectivement contrôlés par l’empire, de l’autorité du pape à celle du patriarche de Constantinople (ce qui concerne non seulement la Sicile et la Calabre, mais aussi la Grèce et les îles de la mer Égée, qui jusqu’alors relevaient du pape). Pour la première fois, cette décision place la papauté en dehors du cadre de l’Empire byzantin.

Vers 737, les Lombards s’emparent un moment de Ravenne, puis l’année suivante, le roi lombard devient maître de presque toute l’Italie et assiège Rome. Grégoire III écrit alors à Charles Martel pour demander de l’aide. Ainsi les papes rompent avec la tutelle politique de Constantinople pour recourir à la puissance montante des Carolingiens. Le pape Étienne II, menacé par les Lombards, sacre roi des Francs Pépin le Bref en 751, qui en retour constitue l’embryon des États pontificaux en 754. En 800, le pape Léon III couronne Charlemagne empereur d’Occident à Rome.

Tant que les deux Églises d’Orient et d’Occident ne différèrent que par les rites (latin ou grec) mais s’en tinrent aux sept premiers conciles, aux mêmes dogmes théologiques et au même droit canon, la rupture progressive était encore réversible. Mais par la suite, aux yeux des Chrétiens d’Orient restés fidèles aux sept premiers conciles, aux dogmes théologiques et au droit canon, les quatorze conciles organisés par l’Église de Rome et les innovations théologiques ou canoniques qui en découlèrent (comme le filioque* par exemple) creusèrent un fossé aux yeux de l’Église orthodoxe, qui dès lors considéra que la défection de l’Église de Rome ne laissait, des cinq membres originaux de la Pentarchie, que quatre actifs : les patriarcats de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem : C’est le schisme de 1054.


*La querelle du filioque

Le symbole du concile de Constantinople affirmait que l’Esprit saint procédait (tirait son origine) du Père, mais au huitième siècle, la liturgie latine rajouta que le saint Esprit procédait du Père et du Fils (en latin : filioque). L’introduction du filioque dans le Credo occidental fut ensuite proposée sous le règne de Charlemagne et introduit dans le Credo romain au onzième siècle. Cet écart par rapport à la formulation initiale eut donc lieu dans un premier temps sans décision conciliaire et se fit surtout sans l’avis des Églises d’Orient.

La querelle autour du filioque reflète deux conceptions différentes de la Trinité, dont l’enjeu n’est pas négligeable :

    • selon la formulation orientale, il convient de parler du Dieu trine : l’Esprit est uniquement issu du Père, il a la même importance que le Fils dont il ne dépend pas. Aussi peut-il agir indépendamment du Fils, et donc agir en dehors des cultures spécifiquement chrétiennes.
    • selon la formulation occidentale, il y a communion consubstantielle entre le Père et le Fils. L’Esprit procédant à la fois du Pére et du Fils, il n’est rien d’autre que l’Esprit de Jésus Christ et ne peut agir que dans ceux qui se réclament de l’esprit de Jésus.

Par ailleurs, les siècles après 1054 ont vu, parmi les Orthodoxes, une augmentation du nombre de patriarcats, non plus cinq mais huit voire neuf : les nouveaux sont Moscou, la Serbie, la Bulgarie, la Roumanie, la Géorgie; et récemment Constantinople a déclaré l’intention de reconnaître aussi l’Ukraine.

C’est ainsi que l’histoire de l’Église catholique commence, selon sa propre perspective, dès la Révélation christique, et selon la perspective de l’Église orthodoxe, avec la séparation entre elle et les quatre autres patriarcats de la Pentarchie, en 1054. Ainsi, pour affirmer sa différence avec l’Eglise orthodoxe restée fidèle à la tradition, l’Eglise de Rome s’appropria le terme « catholique » issu du grec katholicos signifiant « universel » pour devenir l’Eglise catholique.

Bien que le mot « catholique » apparaisse vers 107 pour la première fois sous la plume d’Ignace d’Antioche : « Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique », il ne sera utilisé pendant de nombreux siècles par toutes les variantes du Christianisme que comme un simple adjectif recouvrant différentes nuances. Le mot « catholicisme », lui, n’apparaît qu’au XVIe siècle, après la naissance des confessions protestantes, pour désigner la doctrine enseignée par l’Église catholique.

En 1204, le saccage de Constantinople par les croisés, lors de la quatrième croisade, continua à accentuer les oppositions et les divergences entre Rome et Constantinople.

Aujourd’hui encore, ne reconnaissant pas la légitimité de l’Eglise catholique à s’exprimer au nom de tous les Chrétiens, plusieurs églises orthodoxes se refusent à débattre de l’intérêt de certaines réformes romaines pourtant largement adoptées dans le monde ; la réforme du calendrier grégorien en 1582 en est une parfaite illustration, ces églises orthodoxes préférant garder le calendrier julien comme référence.

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Un commentaire sur « A quel moment l’Eglise chrétienne de Rome est-elle devenue Eglise catholique ? »

  1. Bien que le mot « catholique » apparaisse vers 107 pour la première fois et que le terme « catholicisme », n’apparaisse qu’au XVIe siècle pour désigner la doctrine enseignée par l’Église catholique, la modification unilatérale du texte du Credo par l’Eglise romaine est frappée d’anathème, insufflant par là-même une volonté de domination sur les autres églises, laquelle perdure aujourd’hui par le prosélytisme omniprésent de l’Eglise catholique.

    Voici d’ailleurs ce que disait le prêtre Arsène de Rostov, emprisonné de nombreuses années par le régime communiste :
    -« Nous ne pouvons pas même renoncer à un iota de la vérité orthodoxe. Ceci est une question qui concerne Dieu. Il en fut ainsi avec la chute du catholicisme romain ! Personnellement, je ne la considère plus comme une église, mais comme un organisme gouvernemental avec un nom clérical. »

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